Réutilisation des contenus SCORM : mythe ou réalité ?

C’était une des plus grandes promesses de SCORM : développer une fois, réutiliser plusieurs fois. Développer des « briques » de contenu (des « grains ») et les réutiliser dans divers contextes pédagogiques. La promesse était d’autant plus alléchante qu’elle laissait supposer des économies d’échelle. Mais qu’en est-il vraiment ?

Réutiliser quoi dans quel contexte ?

La notion de réutilisation est mal définie par SCORM. Commençons donc par combler cette lacune en précisant ce que l’on veut réutiliser et dans quel contexte. On a d’emblée 3 possibilités :

  • Réutiliser des médias (ex. images) dans plusieurs « grains » ;
  • Réutiliser des « grains » dans plusieurs parcours ;
  • Réutiliser des parcours au sein du LMS.

Réutiliser des médias dans plusieurs grains

SCORM traite ce besoin en permettant d’associer des méta-données (i.e. des propriétés) à chaque fichier d’un contenu SCORM. Les méta-données doivent permettre à une plateforme de référencer les fichiers (ex. des images) pour permettre aux producteurs de les retrouver et de les ré-exploiter dans d’autres contenus.

Il s’agit là d’une problématique de production de contenu traitée par de rares LCMS (et non LMS). L’approche est très marginale.

Réutiliser des grains dans plusieurs parcours (#1)

SCORM apporte la possibilité de définir plusieurs parcours au sein d’un même package SCORM (i.e. d’un même ZIP). Ces différents parcours peuvent utiliser des « grains » communs, incorporés au package. On peut ainsi différencier des parcours pour différents profils d’apprenant.

L’approche était prometteuse, mais dans les faits, rares sont les LMS qui comprennent et traitent cette notion de « multi-parcours » au sein du même package. Lorsque c’est le cas, il est tout aussi rare de pouvoir assigner ces parcours de manière bien distincte à des populations différentes, ce qui fait perdre tout l’intérêt d’une telle fonction.

Réutiliser des grains dans plusieurs parcours (#2)

Autre approche possible : dissocier clairement le déploiement des « grains » de celui des parcours. On commence par constituer un catalogue de « grains » sur le LMS ou sur un serveur tiers, puis on crée des parcours qui pointent vers les « grains » du catalogue.

Cette approche est actuellement la seule qui favorise réellement la réutilisation des « grains » au sein de plusieurs parcours.

Coté mise en œuvre, on commence tout d’abord par déposer des collections de grains sous forme de packages SCORM. Les parcours peuvent ensuite eux-aussi être déposés sous forme de packages, indépendamment des grains, en utilisant la technique du « Remote Content » (les grains ne sont pas intégrés à ces packages). Option alternative : utiliser les fonctions du LMS pour constituer les parcours. Dans ce cas, on aura au préalable associé des méta-données aux grains afin de faciliter leur indexation et leur recherche, et donc leur réutilisation.

Réutiliser des parcours au sein du LMS

SCORM traite ce besoin en permettant d’associer des méta-données à un package. Charge au LMS de gérer l’indexation et la réutilisation des parcours. Comme pour toutes les méta-données citées plus haut, SCORM s’appuie sur un autre standard – le LOM (Learning Object Metadata) – qui dans l’absolu peut être ici utilisé indépendamment de SCORM.

La réutilisation de parcours au sein du LMS est essentielle. SCORM n’apporte rien de spécifique sur ce point si ce n’est l’exploitation d’un autre standard (les méta-données LOM). Mais ça répond au besoin.

Conclusion

Réutilisation des contenus SCORM : mythe ou réalité ?

C’est une réalité technique. SCORM offre bien des facilités de réutilisation grâce à l’usage de méta-données et à la dissociation des notions de « parcours » et « grains ».

Dans la pratique, les choses sont moins évidentes. Plusieurs approches existent mais toutes ne se valent pas. Certaines sont même inapplicables dans la réalité (ex. « packages multi-parcours »). Une bonne compréhension des possibilités de SCORM et des outils du marché est donc essentielle.

Le mythe vient souvent des besoins. En effet, la réutilisation a un coût (création de méta-données, structuration, etc.) qui doit être contre-balancé par les bénéfices de la réutilisation. Dans la réalité, cet équilibre qui souvent est difficile à trouver.

Réutilisation des contenus SCORM : mythe ou réalité ?

11 réflexions sur “Réutilisation des contenus SCORM : mythe ou réalité ?

  1. Dominique Moraux dit :

    Personnellement je pense que la réutilisation de grains est vraiment une solution pour l’avenir du e-learning:
    – pour gagner du temps dans la réalisation de cours qui se recoupent en partie
    – pour permettre plus de diversification des parcours de formation
    – pour adapter le contenu au niveau des participants,…

    J’ai lu attentivement les arguments que vous présentez et qui freinent cette technique.
    Avez-vous des exemples à citer?
    – Exemples de formations qui utilisent cette technique
    – LMS qui permettent au mieux de gérer la granularité

    Merci

    1. Bonjour Dominique,

      Merci pour votre commentaire. Dès lors qu’il s’agit d’un besoin avéré (mesurable et justifié), plusieurs choix se présentent à vous :
      – Trouvez un LMS qui supporte la recomposition de parcours SCORM. Je ne veux pas citer de marque ici car je suis par ailleurs consultant en choix de LMS et neutre vis à vis des éditeurs, mais certains LMS le permettent, notamment des LMS du marché français ou francophone. Malheureusement, ils ne sont pas légion. Les LMS Open Source sont en reste de ce coté, et les gros LMS du marché relèguent souvent cette fonction au LCMS.
      – Adopter un LCMS en complément du LMS. Sa fonction sera de stocker les grains, les indexer, permettre de les retrouver pour les agréger et préparer ainsi de nouveaux parcours. Attention toutefois au niveau d’intégration avec le LMS (publication).
      – Se passer des parcours SCORM et utiliser les fonctions de création de parcours parfois fournies par le LMS.

  2. […] "C’était une des plus grandes promesses de SCORM : développer une fois, réutiliser plusieurs fois. Développer des « briques » de contenu (des « grains ») et les réutiliser dans divers contextes pédagogiques. La promesse était d’autant plus alléchante qu’elle laissait supposer des économies d’échelle. Mais qu’en est-il vraiment ?"   Alain Zerbib  […]

  3. Loic dit :

    Merci pour l’article et le partage de cette analyse.
    Je travaille depuis 10 ans en tant que développeur pour un grand compte. Je n’ai pas une grande expérience sur la partie gestion des « grains » au sein des LMS mais je remarque que les concepteurs ont du mal à homogénéiser leur production, au niveau du ton, de la forme, et côté développement le graphismes et la navigation dans un grain diverge souvent.
    Du coup, la réutilisation de grains, même si sur le fond elle est pertinente, donne un résultat tellement hétéroclite, que l’expérience utilisateur devient un cauchemar.
    Mais l’idée de départ permet de convaincre des décideurs 😉

    1. Bonjour Loic. Je partage complètement ce point de vue. L’opérationnel suppose de nombreux compromis pour assurer une réutilisation des grains. Il y a les aspects graphiques que vous citez, le style et la cohérence pédagogique, etc. Ca vaut essentiellement si l’on a la maîtrise sur l’ensemble de la production. Ce qui n’est pas toujours le cas.

  4. Le principal problème avec la réutilisation du contenu est que ce contenu est développé dans un contexte spécifique et que pour être avantageusement réutilisé il doit être dissocié de son contexte. Par exemple, un objet représentant un système de freinage n’est réutilisable que dans le contexte où la configuration du système est la même. Un système de freinage trop générique pourra probablement être réutilisé plus facilement mais cela rend l’objet pédagogiquement moins efficace car il est décontextualisé.

    Ainsi, la réutilisation de contenu est une belle théorie mais en pratique il est parfois plus efficace de créer des objets pour un usage spécifique afin d’atteindre les objectifs d’apprentissage. plûtot que de créer des objet génériques qui sont moins efficaces.

    1. Très vrai. En résumé, ça reviendrait à dire « Décliner, plutôt que réutiliser ». En d’autres termes, structurer la production pour faciliter les déclinaisons, et donc préserver l’efficacité pédagogique, tout en optimisant les coûts de production…

  5. […] C’était une des plus grandes promesses de SCORM : développer une fois, réutiliser plusieurs fois. Développer des « briques » de contenu (des « grains ») et les réutiliser dans divers contextes pédagogiques. La promesse était d’autant plus alléchante qu’elle laissait supposer des économies d’échelle. Mais qu’en est-il vraiment ?  […]

  6. Bonjour Sébastien,
    (je déterre cet article)
    Dans « Réutilisation des contenus SCORM », il y a aussi la notion de portabilité des contenus : pouvoir utiliser des mêmes modules sur différentes plateformes. Ce concept est très important pour les décideurs qui veulent tous une certaine pérennité de leurs formations lorsqu’ils choisissent une solution technique de gestion et de diffusion e-learning. En effet, ils veulent se laisser la possibilité de changer ou faire évoluer leur système à l’avenir sans avoir à restructurer leurs contenus. En théorie, l’idée d’harmonisation par un standard commun (ici le scorm) est très intéressante. Mais par expérience, cette notion de portabilité qui tourne autour du scorm est rarement facile à gérer lors d’une migration. Lors d’un changement de LMS, il y a toujours une batterie de tests à effectuer sur l’utilisation des anciens contenus et très souvent de nombreux ajustements sur les modules existants et leur structure. Ce qui prends du temps, de l’argent et de l’énergie que les décideurs n’avaient pas forcément anticipé… et que les vendeurs de plateforme avaient masqué derrière le concept de « portabilité ».

    Donc pour moi, la notion de « réutilisation des contenus scorm » est à prendre avec des pincettes.
    :-)

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