Interview LMS : Chamilo

Cette semaine, une interview que nombre d’entre vous attendaient suite aux annonces et discussions qui animent la blogosphère autour de la création de Chamilo par un ancien développeur de Dokeos.

Après l’interview accordée à Monsieur Thomas De Pratere de Dokeos, il était normal de recevoir Yannick Warnier, ex-Dokeos et initiateur du projet Chamilo, afin d’essayer d’en savoir plus sur le fond et de laisser de coté les aspects polémiques et facteurs humains propres à toute fin d’aventure commune.

Sébastien FRAYSSE (SF) – Pouvez-vous nous dire quelques mots sur l’origine du projet Chamilo ?

Yannick WARNIER (YW) – Le projet Chamilo est issu du projet Dokeos et en récupère les avantages principaux comme sa légèreté et sa simplicité d’utilisation.

Le projet est né d’une vision différente de l’avenir du logiciel de la part du personnel technique, c’est à dire les développeurs, les traducteurs et quelques consultants, qui ont pensé que le projet devrait toujours rester à l’écoute de la communauté, incluant « de façon non-exclusive » les organismes clients.

Le projet Chamilo vise à assurer la liberté du logiciel sous toutes ses formes, et à encourager les entreprises comme les institutions à collaborer sous un même toit: celui d’une association sans but lucratif.

Après de nombreuses étapes de raffinement, nous en sommes arrivés à former une association dont le nom est celui du projet, et qui se charge de contrôler l’utilisation de la marque (pour éviter les abus).

En tout, ce sont plus de 90% des développeurs qui ont fait la décision de passer à Chamilo.

Chamilo est un dérivé de « Caméléon » et se prononce « Kamilo ». Nous avons voulu faire un double jeu de mots sur la transformation depuis le père du logiciel en conservant un aspect similaire, mais surtout sur le fait que la version 2.0 du logiciel (première version prévue pour l’été 2010) est beaucoup plus modulaire, et permettra aux utilisateurs de mieux adapter le logiciel à leur usage.

SF – Chamilo est un « fork » de Dokeos, c’est à dire une déclinaison de Dokeos qui va à présent poursuivre son propre chemin. Comporte-t-il toutes les fonctions de la version FREE de Dokeos ? Des fonctions de la version PRO ?

YW – Chamilo comporte toutes les fonctionnalités de Dokeos FREE et une série de fonctionnalités de Dokeos PRO, ainsi qu’une série de fonctionnalités innovantes comme le réseau social d’apprentissage: les apprenants peuvent créer des groupes d’intérêt, peuvent indiquer leurs intérêts personnels et d’autres apprenants peuvent les retrouver sur base de ces critères.

Il est également possible de lier le « profil » à d’autres réseaux sociaux ou à des flux d’information comme, par exemple, son blog personnel, dont les 5 derniers articles apparaîtront au sein du profil.

Ces fonctionnalités « sociales » peuvent paraître ludiques à certains, mais leur implémentation nous a déjà révélé des cas intéressants en seulement deux mois d’utilisation.

En dehors de cela, quelques fonctionnalités importantes qui marquent la différence sont le catalogue de cours et une amélioration (/10) du temps de génération des rapports de suivi.

La prochaine version de Chamilo, 1.8.7 (déjà disponible en version béta), sortira en mai 2010. Au programme: gestion complète des caractères internationaux (UTF-8), des zones horaires, des feuilles de présence, un nouveau tableau de bord pour le directeur des ressources humaines et de nombreuses améliorations de la gestion des cycles de formation. En particulier, les développements à vocation internationale nous permettront d’atteindre l’objectif de l’association pour cette année: l’ouverture au monde asiatique.

Au même moment, une quinzaine de développeurs, travaillant principalement au sein d’universités belges et suisses, se concentrent sur la nouvelle version: la 2.0, ce qui nous permet d’avancer indépendamment sur 2 fronts.

Les versions 1.8.* seront encore supportées au minimum jusqu’en juin 2011, mais nous encouragerons progressivement nos utilisateurs à passer à la version 2.

SF – Qui participe au développement de Chamilo ? Comment le projet est-il financé ?

YW – La base de développeurs de Chamilo est la même que pour son prédécesseur. BeezNest, l’entreprise privée principale qui s’occupait du développement du logiciel sous le couvert de la société Dokeos travaille actuellement sur la version 1.8.7 de Chamilo, avec la collaboration de 2 développeurs indépendants et volontaires. En tout, ce sont 10 développeurs qui travaillent d’arrache-pied sur le projet de la 1.8.7.

La 2.0 bénéficie actuellement d’une énergie nouvelle au travers de la participation de stagiaires dans 3 institutions éducative: une quinzaine de développeurs améliorent le code de façon régulière.

Le projet est financé par ses membres effectifs, c’est-à-dire une série d’entreprises et d’universités qui génèrent leurs propres revenus à partir de la vente de leurs services, ce qui assure que nos développements ne sont pas basés sur des désirs abstraits de développeurs mais bien sur des besoins opérationnels clairs émis (jusqu’à présent) par 25 clients dans le monde (nous parlons ici d’une base de clients construite ou migrée vers Chamilo à partir de janvier 2010).

L’association est en place pour assurer la promotion du logiciel et que le code développé par les entreprises externes soit récupéré pour le meilleur bénéfice de toute la communauté. Un système de dons pour des sous-projets particuliers sera bientôt mis en place.

SF – Chamilo est-il déjà utilisé par des centres de formation ?

YW – Oui, principalement en Espagne, par des entreprises de formation actives dans le milieu éditorial ou bancaire. Les autres types de clients sont les secteurs minier, éducatif, bancaire (qui prennent en charge leur formation), biologique/vétérinaire et culturel. Beaucoup d’utilisateurs actuels de Dokeos hésitent à faire le pas vers Chamilo: ils veulent d’abord voir des résultats, et c’est ce que nous leur montrerons de façon irréfutable tout au long de cette année 2010 et des suivantes.

SF – A terme, proposerez-vous des services annexes comme l’hébergement ou les développements spécifiques ? Allez-vous vous appuyer sur un réseau de partenaires, à l’image de ce que fait Moodle ?

YW – Bien entendu. C’est déjà ce que nous faisons. Les services eux-mêmes seront à charge des fournisseurs officiels. L’association n’interviendra pas à ce niveau, sinon au niveau de l’information sur ce que représente le titre de fournisseur officiel, une mise en garde sur les fraudeurs et une liste de ces fournisseurs reconnus, ainsi qu’un système de financement de développements par la communauté, au travers de dons.

Nous nous appuierons effectivement sur un réseau à l’image de celui de Moodle, mais les contributions n’iront pas à une société privée (ce que nous considérons comme un danger au vu de notre expérience passée).

C’est l’association qui se chargera de décider où vont les fonds et éventuellement consacrer un budget spécifique à un projet de développement que beaucoup demandent mais qu’aucun client n’a d’intérêt à financer seul.

L’association solutionne 3 problèmes antérieurs:

  • La marque n’est plus sous le contrôle d’une unique personne (ce qui représente toujours un danger pour un logiciel libre)
  • D’autres entreprises techniques peuvent s’impliquer directement (ce qui, auparavant, générait un conflit d’intérêt avec l’entreprise principale qui possédait la marque)
  • Les institutions qui ne disposent pas de resources techniques peuvent soutenir le projet financièrement sans préoccupation du bon usage qui sera fait de leur contribution

Pour permettre aux entreprises de développer librement leurs services (commerciaux) autour du logiciel, l’association développe une série de moyens attrayants pour les encourager à participer à la base ouverte du logiciel : ristournes sur les prochaines souscriptions en tant que membre officiel, documentation et traduction, invitation à évènements en tant qu’exposant, co-organisation et diffusion d’évènements organisés par l’entité membre, etc.

Au total, 8 entreprises à vocation technique, de 5 à 60 employés, ont déjà montré un intérêt prononcé pour devenir fournisseurs officiels selon les conditions établies (être membre, contribuer et passer un examen). Elles devraient le devenir au courant du mois de mai prochain.

Tout ceci sans démarche de marketing pour l’instant.

SF – Quelle direction souhaitez-vous donner au LMS ? Quels sont les futurs axes de développement ?

YW – Nous avons un tas d’idées, et plus de développeurs qu’avant, ce qui augmente évidemment les possibilités, mais les plus probables d’être implémentées dans les prochains mois sont les suivantes…

Premièrement, nous souhaitons diriger le logiciel vers l’individu et ses acquis, au travers de ce qui est communément appelé « e-portfolio », et qui permet à l’apprenant de considérer son apprentissage comme un actif personnel en construction au sein de la plateforme, mais aussi de l’emporter avec lui.

Dans un second temps, nous souhaitons nous diriger vers des fonctionnalités à même d’augmenter le ROI des entreprises qui adoptent le logiciel. Notamment via des modules permettant la gestion du sourcing pour les nouveaux projets, au travers de la recherche de talents au sein de l’entreprise (ce n’est pas tout de former ses employés, il faut pouvoir en profiter).

Enfin, beaucoup de solutions logicielles « libres » sont à présent suffisamment matures pour le monde des entreprises. Les moyens de communication inter-applications (généralement appelés services web) nous permettent d’échanger des informations de façon sûre et rapide.

Nous souhaitons bénéficier de ce contexte pour permettre aux entreprises d’intégrer notre logiciel à leurs applications existantes sans effort majeur.

En parallèle, l’équipe au travail sur la version 2.0 se concentre pour l’instant sur la construction d’une base logicielle ultra-flexible qui permettra le développement plus rapide d’extensions de tous types, dont celles qui auront été développées sur la 1.8.

Nous espérons donc rapidement gagner notre place au panthéon des suites LMS.

SF – Merci Yannick pour ces réponses. Pour nos lecteurs, n’hésitez pas à utiliser les commentaires pour poser vos questions et réagir. Vous pouvez également consulter le site Web de Chamilo pour plus d’informations.

Interviews précédentes :

Interview LMS : Chamilo

3 réflexions sur “Interview LMS : Chamilo

  1. aurelie dit :

    Très intéressant !
    Le choix s’avère plus difficile, je me pose la question de la stabilité et du développement : ne faut-il pas avoir moins de fonctionnalités et une communauté sure ? Y-a ‘il la place pour une nouvelle plateforme, qui plus est dérivée de la précédente ?
    Le choix d’une plateforme est assez lourd, on n’a pas envie de se tromper …
    Bientôt une interview d’Ilias ?

  2. Sébastien FRAYSSE dit :

    Bonjour Aurélie,
    Je vais essayer de vous ramener une interview pour tous les LMS, y compris ILIAS. Ca ne sera pas dans le mois qui vient car il y a du monde en attente. Mais il y aura une nouvelle interview Open Source très intéressante dans les 3 semaines à venir !

  3. Christiaen vandevelde dit :

    J’ail lu l’article avec grand interêt. Quelque remarques / questions
    * apparament ce sont surtout les dévelopeurs qui sont parti chez Dokeos.On sait que le logiciels crée par des dévelopeurs ne sont pas idéal car trop complexe, inutlisable, … Je crains alors que chamilo ne va pas avoir ce que les utilisateurs veulent.. J’ai fais une installation du chamilo et je trouve que les nouveautés ne sont pas très utiles et beaucoup trop complexe. Ce que j’aime par contre c’est le look.
    * dans le monde pédagogique l’idée de « e-portfolio » perds vite son importance. C’est un hype qui est presque passé. On revient vite a ses sens que dans l’education c’est surtout le contenu qui compte.
    * apres lecture de cet interview j’ai fait une installation de chamilo 2 et je trouve que le futur de ce projet me semble très noire: chamilo 2 a un look qui me plait mais qui est beaucoup trop complexe! C’est un usine a gaz qui sait tout faire mais rien facilement, vite ou bien.

    Pour le moment je vais rester avec le 2 LMS que j’utilise maintenant.

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